mercredi 24 septembre 2014

Regardez mais ne touchez pas ! Gautier et Lopez - théâtre du Ranelagh



Alexis Perret, Damien Roussineau, Paul Marchadier, Samuel Bonnafil, Flore Gandiol, Jeanne Gogny, Sarah Bensoussan en alternance avec Judith Margolin

Une pièce de cape et d’épée co-écrite par Théophile Gautier (1811 – 1872) et Bernard Lopez et créée en 1847 à l’Odéon. Le titre initial était « ne touchez pas à la reine ! » hélas pour Gautier, une pièce fut jouée à la même époque portant ce titre, les auteurs revirent donc leur copie !

Le célèbre père du « Capitaine Fracasse », de « Mademoiselle de Maupin » et du « roman de la momie », est intervenu dans le sujet de cette comédie sur demande du directeur du théâtre, Lopez avait accepté cette collaboration pour pouvoir donner sa pièce.

photo Emmanuel Laurent

De quoi s’agit-il ? Nous sommes en Espagne, la personne du roi est sacrée, celle de la reine également. Celle-ci manque de se tuer, alors que son cheval s’emballe. Que faire ? La suivante de la reine demande du secours, oui mais voilà, personne ne peut toucher à la personne royale sous peine de mort ! Les « courageux » espagnols préfèrent respecter l’étiquette et le protocole que sauver leur reine, qui mourra certes, mais pas déshonorée !


photo Emmanuel Laurent
Mais deux jeunes gens intrépides vont braver cette loi imbécile à leurs risques et périls ! Et pour compliquer un peu tout ça, un des deux disparaitra et le neveu pas très honnête du ministre voudra prendre sa place pour être protégé par la reine et inondé de ses bienfaits, oui mais l’autre gentilhomme ne se laissera pas faire…

photo Philippe Sarrazin
Amour, cascades, sourires, humour, éventails, poltronnerie et courage sont les ingrédients de cette divertissante comédie, pastiche des romans de cape et d’épée et clin d’œil à « Ruy Blas ».

Photo Emmanuel Laurent
Jean-Claude Penchenat propose une "mise en scène" dans la mise en scène, on rit beaucoup des mésaventures du « metteur en scène-alguazil » qui a bien du mal à se faire entendre et comprendre par ses comédiens ! 

Succès Avignon 2013 et 2014, après la création à l'Epée de Bois en 2011 et le Lucernaire en 2012 et 2013, revoici nos espagnols dans le joli théâtre du Ranelagh !



mardi 23 septembre 2014

Quatre minutes - Kraus - théâtre La Bruyère





Mise en scène Jean-Luc Revol

Avec Andréa Ferreol, Pauline Leprince, Erick Deshors, Laurent Spielvogel

Mme Krüger a deux passions la musique et son maître Wilhelm Furtwängler, grand chef d’orchestre allemand. Elle donne des cours de piano dans une prison, dont le directeur a un nom bien prédestiné, M. Meyerbeer !

Jenny n’a qu’une passion, la musique et… cogner son gardien. Ce dernier, M. Mutze doit participer à une émission de télé sur la musique, Mme Krüger le fait « répéter » en lui lançant des phrases tirées de divers opéras !


Jenny est inscrite au cours de piano par le directeur de la prison. Elle est emprisonnée pour meurtre.  M. Von Loeben son beau-père est convaincu de son innocence, mais il n’a pas été irréprochable avec elle…

Jenny tendue comme un arc, remplie de haine face à  Mme Krüger hermétique aux autres formes de musique, guère aimable et se protégeant derrière un air revêche.

La musique peut-elle sublimer la vie ? Doit-on tout lui sacrifier ? Dans ce contexte, elle permettra aux deux femmes de s’apprivoiser, de se connaître mieux et d’accepter la vie telle quelle est.

C’est une histoire humaine, dure, parfois drôle, les comédiens s’investissent totalement. Aidés en cela par une mise en scène « ciné », à noter aussi des décors transformables, qui nous transportent d’un lieu à un autre. Les dernières minutes sont intenses et la musique nous envahit totalement.

Une belle histoire et une distribution d’un grand niveau.

mercredi 17 septembre 2014

On ne badine pas avec l'amour - Musset - Lucernaire





On ne badine pas avec l’amour (1834)
Alfred de Musset

Mise en scène : Christophe Thiry

Avec : Laurent Bariteau, Francis Bolela, Stanislas De La Tousche, Lucile Durant, Pascal Durozier, Sébastien Ehlinger, Marion Guy, Pierre Marzin, Koso Morina, Anna Sorin


« On ne badine pas avec l’amour » pièce cruelle de Musset, certains personnages sont drôles parce que ridicules tels Me Blazius ou l’abbé Bridaine, portés l’un et l’autre sur la dive bouteille et aussi Dame Pluche, dévote et prude, qui accompagne la jeune Camille.

Perdican et Camille, s’aiment mais ne se l’avouent pas, la jeune fille trop influencée par ses années de couvent, et par ce qu’elle entend d’une amie mal mariée, prend peur et  préfère prendre le voile et se protéger ainsi derrière la religion.

Perdican, son cousin, jeune insouciant la provoque, en charmant la jeune et douce Rosette, sœur de lait de Camille, et qui deviendra la victime de leur sotte vanité.

La mise en scène de Christophe Thiry m’a décontenancée, les comédiens entrent en scène, portant comme seul mobilier, un tabouret, qui servira de piédestal, de véhicule, etc. Pas vraiment de costumes d’époque, on reste dans le contemporain.

Les comédiens sont bons mais pour moi, il est bien dommage d’avoir transformé cette pièce en bouffonnerie, et que vient faire là aussi, une chanson de Jeanne Moreau chantée par Rosette, cette dernière, chantant aussi « la javanaise » de Gainsbourg (!!!) pendant le duo Camille / Perdican, à la scène finale, importante mais hélas couverte par la voix de la chanteuse.


On ne peut pas plaire à tout le monde…



dimanche 14 septembre 2014

Le médecin malgré lui - Molière - Théâtre de Poche Montparnasse


Le médecin malgré lui (1666)
Molière

Avec Brice Borg qui assure la mise en scène - Justine Boschiero - David Fournier - Arthur Lang - Emmanuel Rehbinder - Raphaëlle Salmon - Jean Siffermann - Benjamin Witt.


Sganarelle aime un peu trop le bon vin et un peu rosser sa femme pour le respect…

Martine son épouse maltraitée va se venger de lui… non elle n’écrira de livre, mais le fera passer pour un médecin, et vous savez que Molière ne les portait pas dans son cœur !

Sganarelle après une bastonnade donnée par deux hurluberlus, se voit forcer de « soigner » Lucinde, fille de leur maître, charmante jeune fille  qui pour échapper à un mariage arrangé, fait mine de tomber malade, elle a perdu le sens de la parole, Sganarelle trouve quant à lui qu’une femme muette est une bénédiction pour les maris et les pères !


Une des rares pièces de Molière où le ton employé et les termes et les sous-entendus sont parfois crus. Sganarelle « médecin » veut donc vérifier la santé mammaire de la nourrice… celle-ci n’est guère farouche !

Bien sûr certains anachronismes font sourire, Martine est habillée bien glamour pour une pauvre mère de famille qui n’arrive pas à nourrir ses enfants, quant à la nourrice de Lucinde, je n’ose imaginer les séances d’épilation !

Il y a beaucoup d’idées farfelues dans la mise en scène, d’acrobaties, l’action se passe en forêt et les arbres bougent mais tenus en mains par les comédiens, plus ou moins cachés pour bien montrer qu’ils sont tout à fait dans le délire, et des gags à foison.


Une joyeuse farce qui a beaucoup fait rire les enfants et les adultes !


vendredi 12 septembre 2014

Le roi Lear - Shakespeare - Wu Hsing-Kuo au théâtre du Soleil

Le roi Lear

Écrit, dirigé et interprété par Wu Hsing-Kuo

en mandarin surtitrage français

3 représentations 26-27 et 28 septembre au Théâtre du soleil

"Si tu ne remontes pas sur les planches je te tue !" Ariane Mnouchkine ne plaisante pas, et le grand artiste Wu Hsing-Kuo qui faute de budget, voulait suspendre ses activités, fut bien obligé de concrétiser son projet de monter et jouer en solo, la pièce de Shakespeare "Le roi Lear" ! Une belle amitié entre le théâtre du Soleil et Taïwan, sa créatrice retrouvant dans le parcours de Wu Hsing-Kuo le sien propre.

Son Lear il l'adaptera et le montera, seul en scène, à la manière de l'opéra de Pékin. Il l'a transformé, retravaillé, il joue tous les personnages, change de costume, se grime, chante et danse. Trois actes au lieu des cinq. Acte 1 : la folie du roi, acte 2 : la référence au Nô et la symbolique avec la mort du Maître, tuer le Maître c'est tuer la tradition, acte 3 : il tient le costume du roi Lear - comme Lear portait le corps de Cornelia - et le dépose, est-ce le  renoncement ou le droit de jouer ce personnage ?

Wu Hsing-Kuo s'est nourri d'autres cultures, d'autres sujets. Il a pratiqué la danse occidentale, qu'il trouve trop dépouillée, pas de somptueux costumes mais un simple justaucorps avec lequel il se sentait nu !

Une solide formation acquise durant huit ans dans le cadre de l'école de l'opéra de Pékin, discipline et coups de bâton qui se finira par sa révolte contre son Maître.

Il a créé sa compagnie en 1986, avec sa troupe il a joué Shakeaspeare (Macbeth, Hamlet, Lear, la Tempête), Beckett (En attendant Godot), Kafka, Tchekov, le théâtre grec (Médee, l'Orestie), en l'adaptant pour le public chinois. Il a également monté à l'opéra, tout un univers avec de la musique rock.

Le patrimoine lui tient à coeur, "l'héritage n'est pas suffisant, nous devons créer un nouveau patrimoine, changer la tradition, la moderniser".


C'est donc une belle rencontre et une fête que d'aller voir au théâtre du Soleil, pour trois représentations seulement, ce grand artiste.



mercredi 10 septembre 2014

Chère Elena - Razoumovskaïa - Poche Montparnasse



Chère Elena
de Ludmilla Razoumovskaïa
Mise en scène Didier Long
Myriam Boyer, Gauthier Battoue, Julien Crampon, François Deblock, Jeanne Ruff,


Quatre étudiants, rieurs, chargés d'un bouquet de fleurs et d'une belle boite rouge sonnent chez leur professeur. Elena Sergueievna est étonnée et émue par tant de gentillesse et les invite à partager son repas.

Elena vit seule avec sa mère, pour le moment à l'hôpital. Depuis sa jeunesse, elle s'est nourrie d'idéaux de justice et d'humanité, son métier la passionne et elle aime sincérement ses élèves, qu'elle pense aussi idéalistes qu'elle du moins elle leur enseigne ses valeurs…

Pourtant la fête va se transformer en cauchemar, Elena ne remettra pas en cause son éducation, ses idéaux, mais devra faire face à la violence verbale et physique de quatre jeunes, assoiffés de réussite sociale, d'argent facile, de tricherie et de chantage, tout ce que rejette Elena.

Myriam Boyer est attachante, sincère, face à ces prédateurs, ses partenaires jouent à fond la violence et la cruauté au bord de la folie.

La pièce longtemps interdite en URSS, a été écrite en 1981, le pouvoir politique à l'époque n'acceptait pas que la jeunesse soviétique soit décrite de cette façon. L'art oui mais pas n'importe comment ! Montrer sur scène la bassesse, l'ignominie, oui mais chez les sociétés capitalistes.


Un spectacle « coup de poing » à voir absolument.

dimanche 7 septembre 2014

Dieux des planches - Dussane



Dieux des planches
Collection « 1900 vécu »

Béatrix Dussane (1888 – 1969)


Sociétaire honoraire de la Comédie Française – pensionnaire en 1903 a 15 ans – elle a laissé un précieux témoignage sur ses débuts et  sur le théâtre du début du 20ème siècle, son style vif décrit tant le physique que la façon de jouer des célébrités de l’époque. 

Elle est même consciente que le cinéma et le disque ont enregistré trop tard Coquelin, ou Sarah, qui paraissent si démodés à l’écoute !



En refermant ce livre, je me suis dit que 100 plus tard, les mêmes problèmes surgissent, on parle aujourd’hui de «têtes d’affiche » pour remplir les salles, et c’était la même chose avant la première  guerre. 

Guitry père et fils, Sarah Bernhardt, Réjane, Cassive, on affichait complet et le public de l’époque allait voir la triste histoire de l’Aiglon jouée par une Sarah de 56 ans ! le théâtre de boulevard jouait aussi des pièces sans grand intérêt mais qui trouvait un public, le théâtre dit d’avant-garde prenait son essor avec Antoine et Copeau.

Béatrix Dussane, ne se contentait pas de jouer, elle a été un professeur dès 1929, conférencière en tournée et aussi à la radio, cultivée elle a donné l'amour de la scène a de nombreux comédiens, Maria Casarès, Sophie Desmaret, Hirsh, Bouquet, Charron, Gélin etc

Le théâtre à l’époque n’avait pas de concurrent direct, le cinéma balbutiait, pas de télé, ni d’internet. Sortir et découvrir une pièce était une fête !

vendredi 5 septembre 2014

Comment se débarrasser d'un ado d'appartement - Rancourt - Huchette


D’après le livre d’Anne de Rancourt, adapté et mis en scène par Jean Chollet

Nathalie Pfeiffer joue une mère au bord de la crise de nerfs ! Mais elle n’est pas égoïste et donne une conférence pour les parents qui ne savent pas comment faire déguerpir du foyer leur progéniture, atteinte de « tanguinite aiguë ».

Oui, elle est courageuse Nathalie, quand elle découvre son grand poussin affalé sur le divan, se faisant engueuler parce qu’elle a oublié le soda, ah ! la ! la !

On ne peut pas leur demander non plus de participer aux tâches ménagères… ce serait trop cruel… donc maman a un plan et même plusieurs pour qu’il se décide enfin à  couper le cordon ombilical.


Plusieurs solutions s’imposent, lui offrir un aller –simple à l’Etranger, ou plus économique, faire venir des jeunes filles au pair à domicile, ça lui donnera peut-être l’envie de s’envoler pour de bon !

Lui faire la honte devant les copains, et se transformer en mamie apportant le dessert, ça plombe l’ambiance et aussi le coup de l’album-photos de famille, rien de tel pour faire fuir les amis.


Enfin, maman réussira-t-elle ? À vous de voir en tout cas, Nathalie Pfeiffer a de l’abattage, une vraie nature comique, la mise en scène est inventive et drôle. Si vous voulez prendre des leçons et vous consoler par un bon fou-rire, rien de tel que cette comédie !


jeudi 4 septembre 2014

La tempête - Shakespeare - Vingtième theâtre


Adaptation Ariane Bégoin et Ned Grujic
Mise en scène Ned Grujic et Rafael Bianciotto
Scénographie Danièle Rozier

Avec Charlotte Andrés, Rafael Bianciotto, Anne-Dominique Défontaines, Christophe Hardy, Jean-Luc Priano, Francis Ressort.

Un simple papier journal devient par pliage, un bateau, celui-ci sera échoué sur l’île mais les vents ont obéi à un magicien…

Prospero, duc de Milan exilé sur une île avec sa fille, a été déchu de son trône par son frère, il contrôle les éléments grâce à ses livres, et provoque ainsi nombre de naufrages.

Toute la poésie de Shakespeare est représentée grâce à cette mise en scène créative, l’humour est présent aussi avec le trio grotesque, Caliban le monstre flanqué de deux marins naufragés qui ont l’amour de la dive bouteille et des chansons à boire !

La charmante Miranda et son nigaud d’amoureux Ferdinand, qui n’est autre que le fils du roi de Naples, frère de Prospero. Tout pourrait se compliquer et Prospero n’hésite pas à mettre ce jeune homme à l’épreuve.


Sur une île tout est possible, la rencontre amoureuse, les conspirations, les illusions surtout. Mais le plus important c’est la quête, celle du pardon, du renoncement et enfin de l’amour des autres.

Sur scène une drôle de machine à musique, qui illustre chaque moment, les masques  importants, car ainsi le corps parle un autre langage.


La subtilité et la poésie du texte sont ainsi mis en valeur, Shakespeare dont on a fêté en avril l’anniversaire, était aussi comédien et n’est pas que l’auteur d’œuvres noires et macabres, c’est dire si on rit à ce spectacle grâce au dynamisme des comédiens.


mercredi 3 septembre 2014

De quoi parlez-vous ? Tardieu - Lucernaire


Textes de Jean Tardieu (1903 – 1995)

 « Oswald et Zénaïde »
Deux fiancés, un peu coincés, soupirant et hésitant, n’osant pas dire la vérité à l’autre, tout est dans le texte, entre banalités à voix haute et apartés plus importantes, Tardieu fait la part belle au détournement des phrases, ridiculisant les conventions du langage.

« Finissez vos phrases »
 Deux personnes se retrouvent, se parlent mais ne finissent pas leurs phrases ; la conversation est donc limite heureusement il y a la gestuelle et l’intonation !

« Le guichet »
Le bureau des renseignements de la gare, les préposés n’ont pas l’air disposés à répondre à une simple question du Monsieur qui leur fait remarquer qu’il est seul, mais l’administration ne plaisante pas, et il devra quand même prendre un jeton d’appel…

« De quoi s’agit-il ? »
Une salle de tribunal où un juge a beaucoup de mal à comprendre ce que les époux Poutre lui affirment car ils s’embrouillent et disent dans une même phrase tout et son contraire au sujet d’élèments « naturels »…

Jean Tardieu avait l’art de transformer un texte, « un mot pour un autre » est un petit bijou de drôlerie, et un exercice de style, dont je vous laisse juge à vous de remplacer par les mots «normaux » !

« Un mot pour un autre »
Madame reçoit M. de Perleminouze qui est son amant. Il entre chez Madame, mais son épouse Mme de Perleminouze est là !

ü  Monsieur de Perleminouze(à part).-Fiel ! Ma pitance !
ü  Madame de Perleminouze Fiel!...Mon zébu !..(avec sévérité) :Adalgonse , quoi, quoi, vous ici ? Comment êtes-vous bardé?
ü  Monsieur de Perleminouze (désignant la porte)- Mais par la douille !
ü  Madame de Perleminouze- Et vous bardez souvent ici ?

La créativité et la jeunesse des comédiens, le lien entre chaque scène est un vrai numéro de music-hall ! Il y a aussi beaucoup de poésie dans ce spectacle, tant dans le décor modulable, les costumes, et surtout le texte que les jeunes comédiens jouent avec plaisir et gourmandise.


Un savoureux spectacle qui fait les beaux jours du festival Off !