Mes coups de coeur sur le spectacle vivant: théâtre classique, contemporain, cirque, marionnettes, musical, pour les grands et pour les enfants !
Membre de l'Association professionnelle de la critique, Théâtre, Musique et Danse
Collaboration artistique Sophie Nicollas et Anne Plantey
Lumière Denis Koransky
Musique et création sonore Marc Demais
« 22
minutes », la nouvelle création de Benoît
Solès. Après nous avoir bouleversés avec « La Machine de Turing »
et « La maison du loup », l’auteur et comédien s’attaque ici à
une page sombre et fascinante de notre histoire contemporaine : la rencontre
historique, en 1983, entre le pape Jean-Paul II et son agresseur, Ali
Ağca, dans le huis clos d’une prison italienne.
Sur
scène, pas d'artifices. Solès, dans une performance magistrale, incarne les
deux hommes. D’un côté, le souverain pontife, empreint d'une humanité lumineuse
; de l'autre, Ali, cet « enfant pauvre », égaré, en quête désespérée d’une
figure paternelle. On découvre alors l'engrenage fatal : comment ce jeune
homme, assoiffé d’amour et de reconnaissance, a pu glisser dans la manipulation
des réseaux terroristes. On partage ses rêves brisés, son désir d'une vie
simple aux côtés de Fatima, son amie, avant que l'idéologie ne vienne tout
balayer.
La
pièce ne cherche pas à excuser l'acte, mais à comprendre l'âme derrière le
monstre. Le moment suspendu où le pape, cet homme de foi, offre ce pardon
inattendu — allant jusqu’à demander la libération de celui qui a voulu sa mort
— est d’une puissance rare. Ali Ağca ira se recueillir sur sa tombe en 2014.
C’est
un texte intelligent, très bien interprété par Benoît Solès qui réussit, une
fois de plus, à nous parler de la complexité humaine, là où la haine rencontre
la grâce. Un spectacle indispensable, qui nous rappelle que, même au cœur de
l'ombre, le dialogue reste la plus belle des armes.
Je me
souviens de l’attentat, et aussi de la photo prise en prison, que se sont dit
les deux hommes, on ne le saura jamais.
Festival OFF Avignon : Théâtre des Corps Saints Durée 1h20
Etre ou ne pas être
Ecriture et mise en scène William Mesguich et
Rebecca Stella
Football
or not football ? Telle est la question !
Quel
bonheur que ce spectacle ! Avec Être
ou ne pas être, William Mesguich et sa petite sœur Rebecca Stella nous
offrent une parenthèse théâtrale d’une fraîcheur absolue, à la fois tendre,
émouvante et diablement drôle.
Le jeune William grandit dans un milieu d'artistes et
d'intellectuels. Mais entre les répétitions de son père avec Antoine Vitez et
les ombres bienveillantes de Beckett, Tchekhov ou Shakespeare, le gamin, lui,
n'a d'yeux que pour son ballon rond. Ses héros se nomment Platini ou Maradona.
Puis vient le drame : une vilaine blessure sur le terrain,
infligée par un adversaire peu scrupuleux. C’est alors qu’un autre William – le
dramaturge – vient au secours du footballeur blessé. De la pelouse aux planches,
la ténacité reste la même.
Sur scène, William Mesguich s'en donne à cœur joie. Seul en
scène (ou presque, tant sa sœur et lui ont peaufiné le sujet), il enchaîne les
imitations savoureuses : une maman complètement déjantée qui hurle à chaque but
de son Willy, un père toujours digne en toutes circonstances, des copains de vestiaire, un prof de
théâtre peu avenant, un premier béguin.
Amateurs de foot ou de grand théâtre, foncez-y : on est
tous prêts à faire une immense hola
à William !
Site du théâtre ICI festival SenS ICI pour les dates et horaires durée 1h10
Théâtre des Gémeaux Avignon 11h40 (sauf mercredis)
Une femme à la mer
D’après le livre de Florence Arthaud « Cette nuit la mer est noire »
Avec Nathalie Lucas
Au
Théâtre des Gémeaux Parisiens, Une
femme à la mer, adaptation sensible de Jean-Benoît Patricot et
Jean-Louis Bachelet, d’après le récit haletant et bouleversant de Florence
Arthaud, nous embarque dans une nuit où le destin chavire. En 2011, seule sur
son bateau, la navigatrice tombe accidentellement à la mer. Pas de gilet,
l’obscurité, l’immensité, et ce voilier qui, en pilotage automatique, s’éloigne
inexorablement sous un ciel constellé. Vision terrible, presque irréelle.
photo Cyrille Valroff
Alors
commence le plus grand combat de cette femme libre : survivre. Florence nage,
lutte, pense, se souvient. Sa fille Marie devient une lumière intérieure,
tandis que surgissent les visages aimés et les ombres fraternelles, Tabarly son
héros, Colas, les disparus de l’océan. Dans cette odyssée intime, chaque
mouvement est un refus de céder. Même ses bottes roses, si jolies, elle les
avait acheté de la même couleur que son bateau ! mais l’eau s’engouffre,
entrainant Florence, elle se résigne à les abandonner aux profondeurs. Elle devra
pour ne pas couler se débarrasser de son blouson et là…
photo Cyrille Valroff
Stéphane
Cottin signe une mise en scène nerveuse, physique, d’une intensité remarquable,
où le corps devient mémoire et résistance. Et Nathalie Lucas, seule en scène,
impressionne par son engagement total : sportive, vibrante, profondément
habitée.
photo Cyrille Valroff
Un
spectacle poignant, haletant, qui célèbre avec pudeur et admiration
l’incroyable force de Florence Arthaud, femme intrépide, passionnée, immense
dame de la mer. Cette fois-là, elle a été sauvée, par un hélicoptère.
Textes d'Alexandre Dumas adaptés et mis en scène par Hervé Briaux
Avec Hervé Briaux et Emmanuelle Goizé
Dumas, le gourmand, le jouisseur, l’ami des
animaux, l’amateur de jolies femmes, nous invite à écrire un roman, enfin, il
va tenter de nous faire comprendre comment construire une histoire, et il n’hésite
pas à égratigner certains confrères…
Ses personnages lui rendront visite, des lorettes aussi qui chanteront quelques airs, quelque chansonnette.
Hervé Briaux s’est donc emparé de ce monument, et
parmi les textes de notre cher Alexandre, fait revivre son parcours, son époque,
sa vie. Il est accompagné pour notre plus grand plaisir par Emmanuelle Goizé
qui a une fort jolie voix et du tempérament
Dumas, un de mes écrivains préférés et toujours
à l’honneur, cinéma, télé et théâtre ! Il a trouvé un amoureux des textes
et des écrivains en la personne d’Hervé Briaux !
Site du théâtre ICI mardi 21h - dimanche et lundi 19h30 et samedi 15h durée 1h20
Colorature
Mrs Jenkins et son pianiste
Stephen Temperley
Mise en scène Agnès Boury
Avec Agnès Bove, Grégori Baquet ou Cyril Romoli
Adaptation française Stéphane
Laporte Lumières Laurent Beal Costumes : Eymeric François
(Ce n'est que la 3ème fois que je vois ce spectacle !!!)
Cosme Mc Moon (1901-1980) pianote un air de sa composition, il sourit et
pense avec tendresse à sa “diva”, décédée il y a maintenant vingt ans, nous
sommes en 1964, elle aimait bien cet air et l’avait même chanté !
Mc Moon se souvient, dans les années 30, pianiste fauché, compositeur,
son ami lui propose d’être l’accompagnateur de Mme Florence Foster Jenkins
(1868-1944). Richissime américaine, soprano colorature…
Mme Flo est ravie d’avoir enfin son pianiste, Cosme l’accompagne dans
l’Ave Maria de Gounod… il est pétrifié et pour cause, Mme Flo chante faux, n’a
aucun sens de la mesure, sacrifiant la gamme, ne sachant pas tenir une note,
malgré tout elle persiste !
Elle n’a peur de rien Flo, elle chante en récital pour ses amis –
nombreux – généralement pour de bonnes causes, et elle remplit les salles, bien
évidemment, elle ne mesure pas que ses « admirateurs » viennent l’écouter pour
se moquer d’elle. Il n’y a que Cosme qui essaie de la ménager. Il craque quand
même lorsque Mme Flo, lors d’un enregistrement, lui dit que c’est son piano qui
sonne faux !
Puis vient le coup de grâce, le concert dans la mythique salle du
Carnegie Hall de New York. Elle a rempli son contrat et au-delà mais à quel
prix ?
Agnès Bove, vraie soprano, apporte beaucoup de fantaisie et d’émotion à
son personnage.
Cyril Romoli était ce soir-là son accompagnateur, vrai musicien et
excellent comédien, ils forment un duo de choc ! On rit aux larmes et on
est émus. Agnès Boury signe là encore une superbe mise en scène.
Mise en scène Raymond Acquaviva Traduction et adaptation Sylvie Chauvet Adaptation et dialogues Jean Franco et Guillaume Mélanie Avec Amanda Lear, Atmen Kelif, Marie Parouty, Olivier Pagès, Jeanne
Perrin L’argent ne fait pas le bonheur… ah bon ?
enfin tout le monde court après ! Il y a eu la mythique partie de cartes de
Pagnol, il y a maintenant les parties de belote interminables chez la comtesse.
Cette milliardaire d’un âge indéfinissable, est
comme le diamant, je ne parle pas de pureté, mais elle est capable de tout
couper sans se briser ! Elle a l’arrogance des parvenus, elle est
championne de méchanceté, de cynisme, d’un égo démesuré. Jean-Luc et Pierrette, c’est la France d’en bas,
tous les ans ils se préparent à gagner une belle fortune en espérant la battre aux
cartes. Leur fille, Anastasia, est d’un autre tempérament, plus révoltée mais en
attendant elle est servante chez Madame ! Il y a aussi Georges, le
majordome, filou séduisant, on ne sait pas trop ce qu’il trame. C’est une comédie féroce, adaptée du film
italien, on rit beaucoup, en fait il n’y en a pas un pour relever le niveau, et
c’est ça qui est drôle ! on ne plaint personne. Amanda Lear est une pétulante milliardaire,
toute en strass, paillettes, perlouses, et drôlerie, Atmen Kelif et Marie
Parouty sont d’excellents partenaires, quel abattage, quel brio ! La
charmante Jeanne Perrin a tout d’une victime mais … et Olivier Pagès ne manque
pas de charme ni de ruse. Ils sont brillamment entraînés dans une mise en scène
vive et dynamique de Raymond Acquaviva.
Les décors de Nicolas Delas sont somptueux, savamment
éclairés par la lumière de Denis Koransky. Tout ce vilain monde habillé par David
Belugou. Maintenant vous êtes au courant, allez donc
taper le carton chez Amanda !
Avec Cédric Colas, Emmanuelle Galabru et Michel Ouimet
En 1938, Pierre Dac publie le 1er
numéro de « L’os à moelle », pourquoi ce titre ? et pourquoi pas
répondit-il !
Les trois compères sur scène, entourés de
maquettes du journal, (Un titre m’a bien plu « la chasse est ouverte,
prévenez le gibier »), ils se livrent donc à la lecture d’articles, et
surtout à réclamer à Monsieur Hitler sa participation à l’abonnement, celui-ci
à l’air de ne pas comprendre…
On a droit aussi aux petites annonces, toutes
aussi farfelues les unes que les autres, et les recettes de cuisine comme « la
charlotte aux pommes » façon Werther… par contre j’attends toujours celle des
cerises à l’eau de vie !
Pierre Dac c’est le maître absolu de l’absurde,
du non-sens, sans vulgarité, loufoque, et dans ces temps obscurs il fallait
bien cette bulle d’air.
En 1940 « L’os à moelle s’est dissous au contact
du vert-de-gris » et Pierre Dac a rejoint Londres et le Général. Il
reviendra à la Libération, et rencontrera au cabaret son complice Francis Blanche.
Un spectacle réjouissant, une superbe scénographie
de Anne-Marie Lazarini, qui vous dilate la rate grâce au talent de Cédric
Colas, Emmanuelle Galabru et Michel Ouimet.
Avec Juliette Galoisy, Dominique Bastien, Alexandre Guilbaud et Thomas
Marceul
Le meilleur ami d’Alexandre lui offre une
biographie sur les Guitry, par magie, dès qu’il ouvre le livre, Lucien et Sacha
entrent en piste ! Ce qui permet des effets assez drôles de mise en scène.
Mais… j’avoue m’être ennuyée, problèmes familiaux,
problèmes de couple, du déjà-vu.
Le sujet de la pièce, c’est l’éternel duel entre
père et fils, Sacha Danino a choisi les Guitry comme référence.
Les interprètes sont excellents et j’espère les
retrouver dans une autre pièce avec un texte original.
Mise en scène Pascale Liévyn Avec Isabelle Sprung 100 ans déjà que la comédienne française, la
plus connue de la planète a rejoint les étoiles. Une belle exposition a eu lieu
au Petit Palais (je l’ai vue deux fois !) Sarah Bernhardt, a tout bravé, tout accepté « Quand-même »
c’était sa devise, elle a eu le courage de ses convictions, de ses échecs. Isabelle Sprung incarne la Divine, avec humour, délicatesse,
humanité, elle parvient à être la petite Sarah, sa mère, son fils, sa jeune sœur.
Sarah dans ses grands rôles, Sarah dans le privé, parlant avec drôlerie de ses
amours, de ses « fans » ! Emouvante vers la fin évoquant avec
courage son opération, qui lui vaudra le surnom de « mère Lachaise » !
Avec ce personnage hors du commun, on ne peut que passer un très bon moment, on
rit, on s’amuse et l’on est ému. Isabelle Sprung réalise avec brio ce seule en scène,
elle investit la scène, joliment habillée d’une longue robe à petits volants,
sous l’œil avisé de Pascale Liévyn. Ce personnage, Isabelle Sprung, le porte
depuis des années et je suis persuadée que la Divine, où qu’elle soit, est très
satisfaite d’Isabelle.
Anne Delaleu
Guichet Montparnasse
8 septembre 2023
Site du théâtre ICI durée 1h vendredi et samedi 20h30 et dimanche 16h30
Adaptation française Stéphane
Laporte Lumières Laurent Beal Costumes : Eymeric François
Cosme Mc Moon (1901-1980) pianote un air de sa composition, il sourit et
pense avec tendresse à sa “diva”, décédée il y a maintenant vingt ans, nous
sommes en 1964, elle aimait bien cet air et l’avait même chanté !
Mc Moon se souvient, dans les années 30, pianiste fauché, compositeur,
son ami lui propose d’être l’accompagnateur de Mme Florence Foster Jenkins
(1868-1944). Richissime américaine, soprano colorature…
Mme Flo est ravie d’avoir enfin son pianiste, Cosme l’accompagne dans
l’Ave Maria de Gounod… il est pétrifié et pour cause, Mme Flo chante faux, n’a
aucun sens de la mesure, sacrifiant la gamme, ne sachant pas tenir une note,
malgré tout elle persiste !
Elle n’a peur de rien Flo, elle chante en récital pour ses amis –
nombreux – généralement pour de bonnes causes, et elle remplit les salles, bien
évidemment, elle ne mesure pas que ses « admirateurs » viennent l’écouter pour
se moquer d’elle. Il n’y a que Cosme qui essaie de la ménager. Il craque quand
même lorsque Mme Flo, lors d’un enregistrement, lui dit que c’est son piano qui
sonne faux !
Puis vient le coup de grâce, le concert dans la mythique salle du
Carnegie Hall de New York. Elle a rempli son contrat et au-delà mais à quel
prix ?
Agnès Bove, vraie soprano, apporte beaucoup de fantaisie et d’émotion à
son personnage. Cyril Romoli était ce soir-là son accompagnateur, vrai musicien et
excellent comédien, ils forment un duo de choc ! On rit aux larmes et on
est émus. Agnès Boury signe là encore une superbe mise en scène.
Depuis la création de la pièce à Avignon et Paris, il y a eu des films
plus ou moins réussis (c’est mon avis !).
Courez sans hésiter, écouter
les couinements de Flo et les soupirs de Cosme pour leur dixième anniversaire !
Catherine Salviat nous conte avec humour et
simplicité, son enfance, sa scolarité au lycée Molière, sa mère Léone Mail,
danseuse à l’opéra de Paris, qui l’a toujours soutenue, et surtout sa passion
du théâtre, qu’elle a connu toute petite (Robert Manuel était sociétaire du
Français), elle a suivi plus tard les cours de Raymond Girard, entre au
Conservatoire et enfin à la Comédie Française où elle passera 36 ans, 36
chandelles !
Ah elle est bonne imitatrice Catherine, quand
elle campe Jean Cocteau qui balance quelques vacheries sur le Français, ou bien
Sacha Guitry qui n’en manque pas une non plus ! Citations, bons mots,
Catherine les connait par cœur.
Sa rencontre avec Zeffirelli, qui lui montre
comment mourir dignement empoisonnée dans « Lorenzaccio » et Giorgio
Strehler qui la choisit pour la sublime « Villégiature » de Goldoni.
Elle tournait en même temps pour la télévision et se demandait comment ne pas
louper les répétitions au théâtre ! ah elle en a eu des frayeurs !
Elle n’a pas sa langue dans la poche, mais sans
méchanceté.
Les seules en scène sont bons s’il y a un œil
extérieur, Serge Sarkissian a parfaitement réussi, on ne se lasse pas, c’est
très drôle, et aussi émouvant puisqu’elle évoque beaucoup de ses camarades
aujourd’hui disparus et quelle complicité avec sa sœur Christine Murillo, qui
elle aussi est entrée à la Comédie Française, et poursuit une brillante
carrière.
Avec Natacha Régnier et Raphaël Sanchez (musique live) Composition musicale : Raphaël Sanchez Scénographie : Georges Vauraz Lumières : Denis Koransky Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz assistante mise en scène : Lucie Muratet
Pannonica de Koenigswarter vit intensément, librement, c’est une pauvre
petite fille riche, en effet elle est née Rothschild. Blondissime, classe,
bonne éducation (dont elle se moque éperdument !), elle a été mariée, mère
de famille, et a tout envoyé promener. Elle se fait arrêter au volant de sa
Bentley, avec son ami Monk, il est noir et ils sont aux Etats Unis en 1958…
Son drame ? le suicide de son père, elle avait 11 ans. Son sens de
la liberté, de la non convention elle le lui doit.
Sa passion ? l’art, le jazz surtout, elle deviendra la muse et la mécène de
nombreux jazzmen.
Ses regrets ? peut-être avoir laissé ses enfants à son mari, mais
avait-elle la fibre maternelle ?
Natacha Régnier incarne avec douceur et le feu sous la glace, cette
femme indomptable, elle est touchante, drôle, déterminée. Raphaël Sanchez est
le partenaire discret mais indispensable.
Christophe Gand signe une mise en scène intéressante, dans un décor
unique, qui nous fait suivre Pannonica dans les moments les plus forts de son
existence. On comprend l’engouement d’Olivia Elkaïm pour Pannonica.
L’année
Molière, 400 ans ça se fête dignement, il aurait été ravi de voir son Harpagon
joué par Michel Boujenah, il aurait payé sa place, si ! si !
La mise
en scène de Daniel Benoin est riche (oui !), elle fourmille d’idées, chaque
personnage a son importance, une nouvelle version, classique sans être
conventionnelle, loin de là !
Parlons
des jeunes premières, délurées, amoureuses, sans honte de le montrer. Mélissa
Prat est une « charmante Elise » qui ne manque pas d’humour, Noémie
Bianco compose Marianne avec élégance et drôlerie.
Nos
jeunes gens ne sont pas en reste, Mathieu Métral (Valère) est un amoureux délicat,
qui sait très bien tirer son épingle du jeu, Maxime Boutéraon (Cléante) est lui
aussi débordant de charme et d’humour.
Eric Prat compose avec
la bonhomie qu’on lui connait un savoureux La Flèche, Sophie Gourdin est une
truculente Frosine, et Michel Boujenah ? il est un grand Harpagon, il m’a
bluffée, tantôt dur, manipulateur, mais aussi amoureux (surtout de sa cassette !),
un homme tout de noir vêtu à l’ancienne, puis un vieux clown triste, qui reprendra
vite ses esprits en revoyant sa chère cassette ! Paul Chariéras est un
excellent Maître Jacques, Fabien Houssaye et Julien Nacache les
deux malheureux valets sont impeccables tant ils font pitié.
Quant à
la dernière scène, ah oui, le père retrouve ses enfants, il est vrai qu’elle
prête à sourire ! et là encore coup de génie du metteur en scène, on
assiste à une représentation comme au temps de l’hôtel de Bourgogne ! c’est
drôle, c’est fin, une trouvaille. Le décor est sobre, les costumes sont beaux.
Le public
ne s’y trompe pas qui réserve sans compter une ovation largement méritée !
Transcription
de l’entretien télévisé de Valentine Tessier en 1973
Valentine
Tessier ? qui connait encore cette merveilleuse comédienne ? Je vous
conseille de revoir à la télé, il le passe souvent, « Maigret et l’affaire
St Fiacre » avec Gabin et Valentine, certes on ne la voit pas longtemps,
mais elle réussit à s’imposer dans l’histoire. Je me souviens aussi de « Eglantine »
ce délicat film de Jean-Claude Brialy.
Valentine
Tessier, raconte en 1973 son parcours théâtral, ses rencontres, Copeau, Jouvet,
Dullin, le Vieux Colombier, les rivalités des uns et des autres, mais toujours
le talent, la passion théâtrale, l’intelligence du texte, les répétitions si
fructueuses, enfin une belle époque pour elle et pour le théâtre !
Et c’est
avec délicatesse, sobrement vêtu de blanc et un châle sur les épaules que
Philippe Catoire interprète Valentine. J’ai été émue par ce spectacle, et quel merveilleux
témoignage !
Un bel intérieur, une jolie chambre d'hôtel, un gramophone et l'on entend la voix de Fragson, la vedette de l'époque, qui nous chante "Ah viens dans mon aéroplane", chanson légèrement grivoise !
A l'extérieur, pluie et vent, et nos trois personnages ne sont pas mécontents de découvrir la chambre louée. L'homme boite, c'est Louis Blériot, accompagné de sa charmante femme Alice, et de Ferdinand son mécanicien. C'est le grand jour, Blériot est prêt pour l'aventure, la traversée de la Manche dans son aéroplane, la météo ne lui est guère favorable... Tout n'est pas perdu, Ferdinand a de bonnes nouvelles, le temps sera clément pour le départ, le fermier ne souffre plus de ses rhumatismes ! La seule ombre au tableau, s'appelle Hubert Latham, et il a bien l'intention de remporter le challenge.
Que se passe-t-il dans la tête de nos héros ? Louis n'est plus aussi sûr de lui, il est très exigeant et par malchance Ferdinand a oublié d'acheter une boussole, comment se repérer au-dessus de la mer ? Et puis il y a cette peste de journaliste, Charles Fontaine, qui s'accroche à tous les râteliers pour avoir un bon article. Latham est fringuant, il aime la vie et surtout la fête et les femmes, son point faible ! Alice essaiera de faire en sorte qu'il ne puisse pas partir, mais tout ne se passe pas comme prévu...
Cette histoire est très bien menée par les comédiens, c'est dynamique, drôle, intéressant pour connaître nos héros du temps passé. La mise en scène de Benoit Lavigne est bien menée, bravo pour le décor et les costumes, et quelle émotion de pouvoir visionner le vrai Blériot sur écran !
site du Studio Hébertot ICI à partir du 1er décembre jusqu'au 23 février tous les mercredis à 21h
Piaf, je me fous du passé
Victor Guéroult
Mis en scène par Loïc Fieffé
Avec Béatrice Bonnaudeau, Léa Tavarès, Lionel Losada, Gérald Cesbron, Franck Jazédé et Nicolas Soulié
Direction musicale : Lionel Losada
Soir de première, le Tout Paris trépigne, il l’attend depuis si longtemps ! Il y a du remue-ménage dans la loge de Piaf, elle est épuisée et demande à son producteur qu’il la laisse prendre son “remède miracle”, c'est-à-dire une piqure pour tenir le coup ce soir-là devant son public.
Et nous voilà quelques années plus tôt, les années 30, Herbert veut continuer ses études de médecine, mais il faut vivre, ils n’ont pas d’argent, avec sa soeur Thérèse, ils chantent dans les rues leur répertoire, celui de la môme Piaf, car elle est en pleine ascension Edith Piaf, et devient trop chère pour certains directeurs. Thérèse, a une jolie voix et un air de petit moineau perdu, elle rencontre Lulu, travesti, qui la prend sous son aile, la fait engager par Marco, qui tient un cabaret guère florissant, et dont il ne faut pas trop regarder de trop près les “affaires”...
Thérèse chantera donc chez Marco, mal payée, maltraitée, elle essuie les verres au fond du café. Un jour après la guerre, Thérèse est remarquée par M. Louis, véritable producteur de Piaf. Il lui propose de rencontrer son idole et surtout lui propose un étrange marché. Thérèse retrouve son frère, devenu médecin, ils se remémorent leur période de “vache maigre” et maintenant que va-t'il se passer ?
Une bien passionnante histoire, émouvante et drôle, jouée par d’excellents interprètes, deux chanteuses qui m’ont tirée des larmes, c’est une fiction bien sûr, mais habilement écrite et le suspens est présent tout du long. A-t-on affaire à la vraie Piaf, à Thérèse ? il y a quelques indices bien sûr, si on connait un peu la vie de la Môme.
“Allez venez public au Studio Hébertot, il fait si froid dehors, là-bas c’est confortable !”