mercredi 24 juillet 2013

Entrez et fermez la porte - Billetdoux - Avignon






Ecrit et mis en scène par l’auteure, Marie Billetdoux.

7 jeunes comédiennes passent un casting, elles ont 20 ans tout au plus, il y a la délurée, l’intello, la jeune mère, l’effrontée, la peureuse, la jemenfoutiste, l’aphone agressive, etc.  Elles entrent l’une après l’autre dans un studio, meublé d’une chaise et d’un grand traversin à terre qui sera leur partenaire selon le bon vouloir du directeur de casting.

On entend la voix du « maître », on ne le voit pas. C’est dérangeant, déstabilisant, elles sont face à leur vie, à leurs attentes, il finit par faire ce qu’il veut d’elles, elles se mettent à nu au sens propre et au figuré. Il y a des échanges drôles, fantaisistes. Il y a celles qui veulent vraiment avoir le rôle, les autres, c’est plutôt « pourquoi pas ». 

La dernière candidate sera une bien étrange rencontre avec le metteur en scène.

La pièce est très bien interprétée par de jeunes comédiennes dont on souhaite le meilleur pour l’avenir.

J’émettrai quelques réserves sur la fin, on a l’impression qu’une nouvelle pièce débute, c’est une fin sans en être une vraiment.

Crue et nue - Darlan





Eva Darlan est drôle, franche, sympathique et on se demande ce qui pourrait entamer une telle énergie quant on sait ce qu’elle a subi dans sa vie de petite fille, sa vie de femme.

Elle nous fait réfléchir sur la condition féminine, vous me direz « encore ! une de plus ! », mais il y a encore tant de choses à faire en ce domaine. C’est vrai que nous avons une image de la féminité, du glamour (très à la mode en ce moment…), les images, les magazines, les émissions culpabilisent les femmes et surtout les jeunes filles, de ne pas faire une taille 38, de ne pas utiliser la chirurgie esthétique, vite se faire gonfler la poitrine, botoxer la bouche, vite chassons la première ride !

Eva nous raconte son enfance, sa jeunesse révoltée et sa condition d’épouse soumise. Avec humour elle nous conte sa rencontre avec un fétichiste de l’escarpin… Un petit coup de griffe sur Jane Fonda, pas celle qui dénonçait le racisme, mais celle qui est devenue une « mamie glamour » un peu trop portée sur la chirurgie, mais n’est-ce pas le lot de ces actrices qui n’ont plus de causes à défendre ?



Ce n’est pas le cas d’Eva qui assume tout avec tendresse et empathie pour les autres.

mardi 23 juillet 2013

Colorature - Stephen Temperley





Cosme Mc Moon (1901-1980) pianote un air de sa composition, il sourit et pense avec tendresse à sa “diva”, décédée il y a maintenant vingt ans, nous sommes en 1964, elle aimait bien cet air et l’avait même chanté !

Mc Moon se souvient, dans les années 30 c’est un pianiste fauché, compositeur, son ami lui propose d’être l’accompagnateur de Mme Florence Foster Jenkins (1868-1944). Richissime américaine, soprano colorature…

Mme Flo est ravie d’avoir enfin son pianiste, elle lui soumet ses conditions, et pour « tester », Cosme l’accompagne dans l’Ave Maria de Gounod… il est pétrifié et pour cause, Mme Flo chante faux, n’a aucun sens de la mesure, sacrifiant la gamme, ne sachant pas tenir une note, malgré tout elle persiste ! Cosme tente vainement de la dissuader, mais il a un loyer à payer.

Elle lui raconte sa vie, son amour de la musique, et elle est sincère, malheureusement elle massacre avec amour Mozart, Verdi, Strauss, Gounod. Elle a suivi des cours de musique, et beaucoup l’ont dissuadé de poursuivre, mais elle est sûre de son talent, et les autres sont des jaloux !

Pour couronner le tout, c’est elle-même qui dessine ses costumes de scène, et là on arrive aussi à des choses inoubliables, surtout pour l’Ave Maria.



Elle n’a peur de rien Flo, elle chante en récital pour ses amis – nombreux – généralement pour de bonnes causes, et elle remplit les salles, bien évidemment, elle ne mesure pas que ses « admirateurs » viennent l’écouter pour se moquer d’elle. Il n’y a que Cosme qui essaie de la ménager. Il craque quand même lorsque Mme Flo, lors d’un enregistrement, lui dit que c’est son piano qui détonne !


Puis vient le coup de grâce, le concert dans la mythique salle du Carnegie Hall de New York. Elle a rempli son contrat et au-delà mais à quel prix ?


Agnès Bove, vraie soprano, apporte beaucoup de fantaisie à son personnage et réussit le tour de force de chanter faux, ce qui ne doit pas être une mince affaire quand on a vraiment le sens de la musique. Grégori Baquet, a baigné dans la musique, et il est un accompagnateur indulgent, ayant vraiment de l’empathie et une certaine tendresse pour son incroyable patronne !

Ce spectacle a fait les beaux jours d’Avignon, de Paris aussi, il sera en tournée en France ne le manquez pas !
 

lundi 22 juillet 2013

La compagnie des spectres - Salvayre - Breitmann - Avignon





Un huissier frappe à la porte d’un appartement, une femme lui ouvre, il vient faire l’inventaire de l’appartement avant saisie.
La femme a dû mal à contrôler sa mère, cette dernière, cloitrée dans sa chambre sort et invective l’huissier, elle pense que c’est un certain « Darnand » qui l’envoie la chercher. La seule compagnie qu’elles ont ce sont les spectres de leur lourd passé, sous le régime de Vichy. Et là, devant l’imperturbable huissier, elle raconte sa vie sous l’Occupation, les tortures, l’humiliation. Lui continue son inventaire…
 
Le décor, une salle à manger avec une vieille télé, on distingue la chambre de la mère, un intérieur et des objets vieillots, poussiéreux qui ont une histoire. Puis on passe à une guinguette, des lampions, et une marionnette Pétain pour valser. Certaines scènes m’ont gênée qui n’avaient pas lieu d’être et qui étaient vulgaires.

Zabou Breitmann incarne tous les personnages, elle est magistrale, elle fait partie de ces comédiennes rares, qui nous font croire à ce qu’elles racontent, elle passe de l’émotion à la peur, à l’angoisse, mais aussi à l’humour, avec une aisance déconcertante !

Inconnu à cette adresse - Taylor - Avignon




Patrick Timsit et Thierry Lhermitte


« Qui est cet Adolf Hitler ? Ce que je lis sur son compte m’inquiète beaucoup »

Martin repart en Allemagne avec femme et enfants et laisse la galerie d’art à son ami Max en Californie. Ce dernier s’inquiète pour sa sœur Griselle, comédienne à Vienne et à qui on propose un rôle à Berlin. L’antisémitisme grandissant, Max demande à Martin de protéger Griselle. Mais voilà …


 













Connait-on bien ses amis ? Qui pourrait croire que l’un va adhérer à l’idéologie nazie si simplement, mais surtout comment juger l’autre qui pour se venger ira lui-même jusqu’au bout d‘une haine aveugle ? Si Martin avait fait ce que Max lui demandait, la fin de l’histoire serait-elle autre ?

La lumière joue un rôle important dans la mise en scène et permet d’éclairer l’un ou l’autre des protagonistes,  nous sommes soit à Munich dans l’appartement de Martin, soit dans la galerie d’art à San Francisco chez Max.

Ce texte est souvent mis en scène, les interprétations différentes bien entendu, chaque comédien apporte son ressenti aux personnages pour faire comprendre qu’une situation somme toute banale au départ peut basculer dans le déshonneur et l’horreur.

Ce court roman composé de la correspondance fictive entre deux amis, a été écrit en 1938 par une américaine d’origine allemande. Bien entendu son livre a été interdit en Allemagne il n’y sera édité qu’en 2001.