mercredi 21 novembre 2012

Belle du seigneur - Cohen - La Tempête



Albert Cohen (1895 – 1981)

Mise en scène : Jean-Claude Fall et Renaud Marie Leblanc.

Ce monument de la littérature française dont Joseph Kessel disait que « c’était le chef d’œuvre absolu » du 20ème siècle, a inspiré comédiens et metteurs en scène. Après les « soliloques de Mariette » - l’histoire d’Ariane et Solal racontée par la servante dévouée et aimante d’Ariane -, un autre monologue nous est présenté au théâtre de la Tempête. Ariane d’Auble, cette femme-enfant, qui se raconte des histoires dans sa baignoire, ne se doutant pas que Solal, grimé, entend tout … et attend son heure.

Roxane Borgna joue Ariane intensément, elle coule avec délice dans l’eau, s’ébroue, s’étire, se tend comme un arc juchée sur les bords de la baignoire. Cruelle mais drôle lorsqu’elle raconte ses nuits sans plaisir avec Adrien, exaltée quand elle parle de Solal, de sa sexualité enfin découverte, de son désir d’absolu, mais surtout de sa soif de reconnaissance sociale qui la conduira au bout de l’enfer.

Un grand moment de théâtre nous est offert.

Réservez avec Billetreduc 

jeudi 15 novembre 2012

La putain de l'Ohio - Levin - Théâtre de l'Aquarium



Texte français de Laurence Sendrowicz

Mise en scène Laurent Gutmann
Avec Guillaume Geoffroy, Éric Petitjean et Catherine Vinatier


Ça commence comme une farce, Hoyamer un SDF veut s’offrir pour ses 70 ans une prostituée, cette pensée le stimule ! Mais il mégote sur le tarif demandée par Kokotska, enfin celle-ci parvient à lui soutirer les 100 shekel de la passe,  seulement pour Hoyamer c’est la « débandade » complète...

Le fiston également SDF -  tradition familiale - profitera de l’aubaine, sans plaisir, en n’oubliant pas de reprocher à son père de dilapider son héritage. Ils ne se doutent pas tous les deux que la putain n'est guère respectueuse des traditions.

Le vieil homme lui, rêve de partir pour l’Ohio, lieu divin où vit une « putain » si riche qu’elle ne fait pas payer ses clients. 

Le verbe est cru, quelques scènes hard, mais pas de vulgarité, beaucoup d’humour et de tendresse, cette pièce de Hanokh Levin est portée par des comédiens hors pair qui distillent le texte de Levin avec une jubilation et une vérité grâce à la mise en scène de Laurent Gutmann.


mercredi 14 novembre 2012

Un chapeau de paille d'Italie - Labiche - La Tempête Cartoucherie


La mise en scène de Gilles Bouillon, inventive, pleine de fantaisie et de gags, nous emporte dans un tourbillon et ne nous fait pas oublier, que Labiche nous fait rire certes, mais ses portraits de bourgeois de Paris ou province sont dessinés au vitriol. 


Fadinard jeune rentier, est tout heureux, le jour de ses noces est enfin arrivé, il se prépare à épouser sa chère Hélène fille de Nonancourt pépiniériste, mais Cocotte, vient de se régaler au bois de Vincennes d’un chapeau de paille,  pour  dédommager la dame, il lui a lancé 20 francs ou 20 sous… Hélas, l’amant de cette dernière ne l’entend pas de cette oreille et parvient avec elle à s’introduire de force chez le jeune homme, non pas pour un remboursement mais pour qu’il achète un chapeau identique sous peine de représailles !

Nous voilà pris dans une course infernale, « partons », « courons », toute la comédie est là, quiproquos, poursuites, le pauvre Fadinard, suivie par toute la noce, qui ne comprend pas bien où ils mettent les pieds, confondant la boutique de la modiste avec la mairie, prenant la salle à manger de la Baronne pour l’auberge…

(MENTIONS OBLIGATOIRES : PHOTOS LIBRES DE DROITS
COPYRIGHT / F. BERTHON)

Les comédiens sont heureux de jouer, les décors sont astucieux (chez Fadinard un papier peint à fleurs ou à motifs de cheval, chez la Baronne, une partition de musique est en fond, chez la modiste, des motifs de chapeaux), les costumes sont beaux. Tout ceci accompagné de musique comme toujours chez Labiche.

Quel beau chapeau que voilà ! Je vous invite à courir l’essayer à la Tempête !


dimanche 11 novembre 2012

Un chapeau de paille d'Italie - Labiche - Comédie Française




 La Comédie-Française présente aussi son chapeau !

L’univers de cette comédie délirante se passe pour le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti dans les années seventies, le cousin Bobin est rock and roll, Hélène la jeune mariée est attifée d’une minirobe bien juponné qui laisse découvrir son panty avec de grandes chaussettes blanches, pour la ridiculiser un peu plus.

Quiproquos, course poursuite, Fadinard jeune homme heureux de se marier à la douce Hélène – pas bien futée mais si mignonne -, hélas le cheval du jeune homme a dévoré le chapeau de paille d’Anaïs, femme un peu légère… qui a pour amant un militaire guère aimable et caractériel !

Les comédiens s’amusent, ont de la vitalité à revendre, sautent, grimpent au rideau, dansent et chantent. L’univers musical est très Kusturika, c’est donc plein d’entrain et de fantaisie. 

Par contre, je n’ai pas saisi  dans la mise en scène, le bric à brac de meubles, « le décor comme langage poétique » d’après le metteur en scène,  cette vilaine toile plastique du 1er acte a fini par me gêner, je n’écoutais plus le texte.

Mais comme on dit ne boudons pas notre plaisir quand même…

samedi 27 octobre 2012

L'école des femmes - Molière - Comédie Française



 La maison est isolée, on y accède par barque. C’est la maison-geôle d’Arnolphe, là où il cache précieusement, son bien, sa chose, la jeune Agnès, qu’il épousera, étant sûr qu’elle ne lui fera pas porter de cornes, grâce à l’état d’idiotie et l’éducation qu’il lui donne.
Cette nouvelle mise en scène souligne bien le côté négatif, peu intelligent des personnages, on parle trop souvent d’Agnès, comme la sotte de service, alors que les autres ne valent guère mieux !

Arnolphe, trop sûr de lui, un égo surdimensionné qui le pousse à se donner un nom fleurant la noblesse.

Le couple Alain et Georgette, pas très futé mais l’appât du gain leur donne une certaine « intelligence »…

Horace (Jérémy Lopez) manipulé et bête en fait, amoureux mais aucune jugeote, un éternel gamin soumis à son père.

Agnès se révèlera par l’amour, mais elle ne peut guère faire de comparaison avec d’autres jeunes gens, et c’est surtout la jeunesse d’Horace qui l’attire.

Arnolphe, pense que son « éducation » et sa rigueur, lui offriront une jeune femme soumise à ses désirs. En fait, il connait bien la vie, et pour éviter d’être la risée des autres, il a « acheté » une petite fille de 4 ans, sans se préoccuper d’où elle venait et si elle avait une famille.

La mise en scène de Jacques Lassale est riche, intelligente, les comédiens sont excellents et apportent leur touche personnelle : Thierry Hancisse intense et inquiétant au bord de la folie, la farce avec Pierre-Louis Calixte et Céline Samie, Adeline d’Hermy touchante Agnès et vraie victime. Le dénouement d’ailleurs laisse peu d’espoir.

Un beau moment de théâtre.